« racialisation » des couples mixtes, du genre sexuel, et homophobie

samedi 1er juin 2013
par  mrap40
popularité : 11%

La race revient en force dans le discours politique. A l’extrême-droite mais aussi dans la droite de la droite parlementaire, (celle qui invitait hier, dans les locaux de l’Assemblée Nationale, le journaliste Eric Zemmour qui théorise sur l’existence des races).

Dans un appel qui résonne comme un avertissement treize scientifiques, généticien(ne)s, ethnologues, anthropologues, s’alarment du « retour de la race".(voir sur le site médiapart)

Ceci inquiète aussi la fédération des Landes du MRAP, qui n’a de cesse de rappeler cette simple évidence dans ses interventions scolaires et péri-scolaires : "une seule race, la race humaine".

Malheureusement le discours racial n’affecte pas que la frange droite de l’opinion. Elle affecte aussi certains milieux "progressistes". On peut voir des intellectuels qui s’affirment antiracistes, au mieux faire silence, au pire cautionner les discours raciaux de franges communautaristes "racialistes".

Il n’est pas anodin de côtoyer, sur les mêmes tribunes, des gens qui racialisent le genre sexuel ou les couples mixtes, sans prendre le soin de dénoncer leurs théories raciales.

Si le racisme est surdéterminé par les rapports de domination économiques et sociaux il est aussi la conséquence des idéologies de haine qui peuvent précéder les actes.

L’émergence d’un corps de doctrine appelant à la lutte des races impose aux militants antiracistes de se saisir de cette réalité politique nouvelle.

1) Des couples mixtes racialisés

Les couples mixtes et le métissage sont devenus les cibles communes de l’extrême-droite et des identitaires communautaires.
Eric Zemmour et Riposte Laïque, ont déjà attaqué le métissage de la société, (voir sur le site internet de RL « Métissage », « métissé », « métissons », « métissurage », « France métissée »... C’est évident, il y a épidémie de "métissopathie » (1)

Houria Bouteldja du Parti des Indigènes de la République (PIR) procède d’une stigmatisation similaire du métissage et des couples mixtes.

La porte-parole du PIR présente ainsi ses « grandes sœurs » conjointes des couples mixtes, comme des « envoûtées » par le « prince charmant blanc ».

Le « Prince charmant blanc » procèderait en effet d’un projet machiavélique à l’encontre de sa conjointe « indigène » en pratiquant « un envoûtement qui projetait de faire d’elles les complices, voire, les supplétives du système raciste qui devait donner le coup de grâce à cette honnie famille maghrébine ».

A l’extrême-droite, par un effet miroir, c’est bien évidement le prince charmant qui se laisse «  envoûter » par celle qui, sans doute, tente « d’obtenir frauduleusement des papiers » par le passage devant Monsieur le Maire !.

Elle formule alors une conclusion choc qui appelle les jeunes filles « indigènes » à se marier dans la « communauté » afin de pouvoir être « enfin libres » (1) et faire preuve « de leur allégeance communautaire ».

C’est là une injure faite à tous ces couples mixtes qui sont une des richesses de notre société.

Bouteldja partage ainsi avec la droite et l’extrême-droite, la mise au « ban public » des amoureux ainsi stigmatisés.

2) La racialisation du genre sexuel

C’est sans doute le débat sur le mariage homosexuel qui permet de faire définitivement tomber le masque antiraciste des « indigènes » et leurs dérivés. La revendication de l’égalité des droits pour les homosexuels devient ainsi une manifestation de « l’impérialisme gay occidental et blanc ». (3)

Felix Ewange Epée et Stella Magliani-Belkacem, dans leur opuscule « les féministes blanches et l’empire » (4) consacrent 21 pages à l’homosexualité ou plus exactement à sa négation en tant que genre sexuel dans les pays arabes et musulmans.

L’homosexualité dans ces pays et par extension (d’après eux !), dans les banlieues populaires se réduirait à des « pratiques homoérotiques ! ».

La dimension affective d’une relation homosexuelle, le désir de vivre ensemble, l’aspiration à construire un avenir commun matrimonial ou familial, la revendication des droits qui en découlent, seraient l’expression d’une spécificité blanche, étrangère au monde arabe ou africain. (les homosexuels seraient donc des "corps étrangers" à une "identité" indigène fantasmée, comme ils sont étrangers à la norme familiale "judéo-chrétienne" défendue par les réactionnaires organisateurs des manifestations homophobes. Les uns et les autres procédant alors de la même logique d’exclusion.

Il semble d’ailleurs que le regard que les deux auteurs portent sur les « pratiques » homosexuelles en pays arabes ou musulmans ne soit guère tolérant. Les deux exemples cités concernent, dans un cas une secte égyptienne commémorant la mort du peuple de Loth à l’occasion de pratiques « offensant la religion » et dans l’autre celui de deux adolescents iraniens homosexuels, vite requalifiés comme « violeurs » par nos deux « indigènes », auteurs de « les féministes blanches et l’empire »

Israël : l’épicentre des gays-prides !!!

Cette volonté de stigmatiser l’homosexualité va encore plus loin. Felix Evange Epée et Stella Magliani-Belkacem, suivis d’Houria Bouteldja sur le site des indigènes, découvrent l’épicentre de l’homosexualité occidentale en Israël. Ce pays financerait ainsi les gays-prides dans le monde afin de « laver les crimes d’Israël » au « détergent gayfriendly ». C’est là une théorie du complot dont les ambassades israéliennes seraient les instruments. Il y a dans ce détour vers le proche-orient comme un message subliminal associant « sionisme » et « homosexualité ».

La cause palestinienne n’a bien entendu rien à gagner de ce genre de théories complotistes que l’on croirait extraites d’un sketch de Dieudonné.

L’Afrique du Sud et le mariage homosexuel, si loin de ces "indigènes" auto-proclamés : !

Cette « racialisation » du genre homosexuel présentée comme un marqueur du monde occidental blanc impose alors de faire un détour par l’Afrique du Sud.

C’est en 2006, dans le pays de Nelson Mandela et Thabo Mbeki que le mariage gay a été reconnu par le parlement avec l’écrasante majorité de 230 voix contre 41.

Héritiers des luttes pour la conquête des droits fondamentaux contre le régime barbare de l’apartheid, des parlementaires noirs et blancs, ont tenu à affirmer, dans la loi, l’égalité entre hétérosexuels et homosexuels . Concernant l’homophobie dans l’Ouganda voisine, c’est Desmond Tutu, militant anti-apartheid et prix Nobel de la paix qui a comparé la « criminalisation des actes d’amour entre certaines catégories de personnes » à de « l’apartheid ».

Le message universaliste des parlementaires sud-africains peut dès lors être opposé au « racialisme » communautariste et anti-républicain d’une Houria Boutledja, porte-parole du groupuscule quand elle décrète :
« la loi coutumière des quartiers est plus forte que celle de l’Etat. En d’autres termes, les indigènes savent intimement que même si le mariage gay était institutionnalisé, il ne pénétrera pas dans les quartiers ».

Et pour que l’on entende bien son message racial elle ajoute que ce refus du mariage homosexuel est une « démonstration de résistance inouïe » une « régression féconde » et ajoute « j’en suis, car je suis résolument de leur côté de la fracture raciale ».(5)

"fracture raciale", un concept revendiqué par l’identitaire communautariste que ne renieraient les identitaires d’extrême-droite qui se déchaînent aujourd’hui, d’autant plus qu’ils procèdent ensemble de la même stigmatisation de l’homosexualité . Ces deux mouvances considérant en effet que l’homosexualité n’appartient pas à leurs univers identitaires fantasmés respectifs.

Elle reçoit alors le renfort des organisations alter-islamistes. L’islam politique sait en effet avancer masqué, il lui suffit de se parer d’un vague discours altermondialiste pour être intégré à « l’axe du bien » anti-américano-sioniste, par quelques tiers-mondistes primaires qui redécouvrent la révolution mondiale sous la bannière religieuse.

C’est ainsi que « Participation et Spiritualité Musulmane » l’antenne française du parti islamique marocain « Al Adl Wal Ihsane » s’est fendue d’un communiqué (6) condamnant le mariage homosexuel dans des termes qui pourraient être ceux de Frigide Barjot ou du grand Rabbin Bernheim.

De même Abdelazziz Chaambi, gauchiste repenti, président de la Coordination contre le Racisme et l’Islamophobie, a signé un autre appel (7) qu’aurait pu revendiquer Christian Vanneste « Si, au nom du seul principe d’aimer, il devient légitime de s’arroger de nouveaux « droits », qu’aurons-nous à répondre envers ceux qui souhaiteront la reconnaissance de l’inceste ou de la pédophilie ? ».

.

En conclusion :
le retour de la race comme élément structurant du discours politique devient un phénomène très inquiétant.
La « fracture raciale » entre blancs et non-blancs théorisée par les identitaires « indigènes » affecte tous les domaines de la vie, économique, sociale, culturelle et même affective quand les couples mixtes et le genre sexuel se trouvent ainsi « racialisés », « occidentalisés », « blanchisés »

La "haine raciale" que l’on croyait réservée à l’extrême-droite est aujourd’hui revendiquée par ces « indigènes » auto-proclamés représentants des quartiers populaires. Elle reçoit malheureusement la caution de quelques intellectuels patentés ou militants antiracistes qui gravitent autour de ces théories « racialistes » sur les tribunes ou dans des colloques divers.

Le débat sur le mariage homosexuel aura été un extraordinaire révélateur de la duplicité de ces secteurs islamo-politiques puisqu’ils ont vite rejoint le bercail réactionnaire homophobe de Frigide Barjot qui en retour vient honorer de sa présence les rassemblements de l’UOIF.

(1)http://ripostelaique.com/metissage-obligatoire-trois-ans-plus-tard-melenchon-copie-sarkozy.html
(2) « Pierre, Djemila, Dominique...et Mohamed » texte de H.Boutledja – site du PIR le 8 mars 2012
(3) H.Bouteldja invente un « impérialisme gay » dans « Ce soir ou jamais », du 6 novembre 2012 à propos du mariage gay .
(4) paru dans les éditions « La Fabrique »
(5) Universalisme gay, homoracialisme et « mariage pour tous » paru sur le site du PIR
(6)http://www.psm-enligne.org/index.php/2011-06-30-23-44-4/actualites/2058-communique-non-a-la-loi-qmariage-pour-tous
(7) http://www.saphirnews.com/Mariage-gay-Un-debat-pour-tous_a15995.html


Brèves

1er mars 2015 - 4,5 millions de blancs génocidaires dans la rue ?

Le 11 janvier 2015 les épouvantables crimes qui ont coûté la vie aux journalistes de Charlie Hebdo (...)

5 décembre 2012 - Mais qu’est-il arrivé à Alain Gresh, directeur-adjoint du monde diplomatique ?

Cet intellectuel qui traitait des grands problèmes du monde, prend subitement pour cible un (...)

6 décembre 2007 - Frantz Fanon

Je n’ai pas le droit, moi homme de couleur, de souhaiter la cristallisation chez le Blanc d’une (...)